• Ma liberté.

    Ma liberté.

      

    Lorsque je suis venue voir l’exposition : « Cirque Univers. » d’Henri-Frédéric blanc, les premières paroles de badauds que j’ai entendues n’étaient pas aimables. « Je n’aime pas du tout ce qu’il écrit, je n’aime pas sa façon de penser ! ».

    Alors, avant même de commencer à lire ces beaux panneaux bleus, un sourire s’est épanoui sur mes lèvres. « Tu n’aimes peut-être pas mais l’auteur a sûrement réussit son pari...te faire réagir ! ».

    Les poèmes, textes et citations entre liberté et anarchie m’ont beaucoup marqués et j’ai été très surprise de voir à quel point j’étais en accord avec ce courant de pensée.

    Sûrement parce que le monde change et je suis à une intersection. Je remonte le cours du temps à contre-courant du carcan dans lequel j’ai été élevée. Travailler pour avoir de l’argent, soit pour s’imposer, soit pour ressembler aux autres.

    La société bien pensante dans laquelle nous vivons, nous enferme ensuite dans un deuxième carcan : le temps, l’heure, la montre .

    « Le temps, c’est de l’argent ! », adage bien connu, trop connu.

    « Une formation en gestion du temps ? Tu es stupide ? », là, j’ai explosé.

    Longtemps j’ai été en retard, j’ai été à la traîne, attendant un regard, un appel, juste une attention...en vain. Maintenant, je vis pour moi, je n’attends plus personne. Je prends le temps d’apprécier le silence, la quiétude, la solitude. Comme les gens sont inconstants, ils se sont retournés mais je m’étais éclipsée ; ils n’ont pas compris comment on peut vivre sans eux. Aujourd’hui, je considère que faire partie de mon entourage est un privilège.

    Je prends également le temps de m’ennuyer, c’est un très bonne occupation. Il faut arrêter «  ce jeu de massacre » * à vouloir remplir nos vies et nos cerveaux à tout prix. Nous subissons une société de communication à grands renforts de publicités tapageuses. Bien-sûr, on s’occupe davantage des plus jeunes pour les tenir au creux de la main. Il ne faut surtout pas qu‘ils s’ennuient, qu’ils puissent penser. Il semblerait que nous n’utilisions que 20 % de notre cerveau contre 60 % pour les moines tibétains. Si on continue, nos chers chérubins ne seront plus qu’à 10 %.

    Quel émerveillement de voir la dextérité des enfants des tribus lointaines façonner un jouet avec trois fois rien dont ils ne se lassent pas.

    Avoir le temps, c’est aussi une question d’organisation sur deux principes de base : ne pas empiéter sur la liberté d’autrui et ne plus faire ce qu’on ne veut pas faire !

    Mon ami a compris depuis longtemps que donner son importance qu’à une seule chose dans la vie est primordiale : Pour lui, c’est la famille... Et peu importe si les autres le traitent d’anticonformiste, d’antisocial voire même d’asocial, il n’en a cure ! Il m’épaule, me protège même s’il ne me comprend pas souvent. Quand je dévie de mes choix, que je baisse les bras, je sais qu’il y a une main tendue pour me remettre sur le chemin. Son crédo : « Tu auras tout le temps de dormir quand tu seras morte ! ».

    Et là, on arrive au troisième carcan, notre âge qui avance inexorablement. J’ai lu dans une BD «  La jeunesse est une denrée périssable »** mais il est possible de rajeunir dans sa tête malgré les coups durs qui laissent des traces ineffaçables. Chaque fois qu’on revendique, qu’on exprime son désaccord, ce sont des points gagnés pour la liberté. Ce sont des années soustraites pour tenter de redevenir des enfants. Je ne me fais plus trop d’illusions pour moi mais je me bats toutefois pour la liberté de mon fils. Qu’il soit bien dans sa peau car personne ne pourra se mettre à sa place. Qu’il n‘aie pas peur de ses choix car sa personnalité est en jeu, il ne doit pas être le reflet de quelqu’un. Et qu’il puisse parler de lui sans barrières, sans pudibonderies car il doit être la personne qu’il connait le mieux. Il devra être son meilleur sujet de conversation et répondre à la question top des tests d’embauche : « Parlez-moi de vous ? ».

     

    * « jeu de massacres. », Henri-Frédéric Blanc.

    ** « Rogon le leu », Terres de légendes, Convard et Chabert.