• Alter ego.

    La nuit s'annonce encore bien fraîche. J'ai enfilé mon blouson et mes bottines pour faire ma promenade nocturne. Ce sont mes vacances...mes vacances d'été ! Les montagnes espagnoles au mois d'août, c'est 30 degrés le jour et 10 degrés la nuit.

    Je passe devant le bar Monroy. Il est plein à craquer. Les gens doivent crier pour se faire entendre. J'allonge le pas avant qu'une quelconque connaissance ne se rende compte de ma présence et ne me happe au passage, mettant fin à mes projets du moment.

    Plus je m'éloigne du village, plus mon cœur accélère. Ce n'est pas de l'oppression mais de l'allégresse mêlée à un peu de crainte. Une nuit constellée d'étoiles, la lueur blafarde de la lune allongeant la silhouette des montagnes...et ce calme! A peine le bruissement des feuilles dans le vent et le crissement de mes pas sur le sentier inégal menant "Al Rio".

    Soudain mon oreille perçoit un autre bruit...le coup de pédale vigoureux de mon fils. J'ai un sourire. Bien qu'il ait des copains, quand Toni me voit partir seule, son imagination fertile depuis notre rencontre avec les Aériens se déchaîne. C'est sûr, avec maman, il y a de l'aventure dans l'air.

    - " Maman? Tu vas où? "

    - " Al Rio. "

    - " Il fait noir, tu n'as pas peur? ", me dit-il tout bas.

    Je ris.

    - " Mais non, bêta! Que veux-tu qu'il se passe? A cette heure-ci, il n'y a que les Espagnols qui ne dorment pas! "

    - " Ho, je ne suis pas sûr! Les sangliers, c'est la nuit qu'ils traversent devant les voitures. "

    - " C'est vrai, ils sont attirés par les phares! Mais on est loin de la grand-route, ici. "

    Plus nous avançons vers " El Rio ", plus nous apercevons de petits points lumineux dans les airs.

    - " Tu as vu toutes ces lucioles? C'est la première fois que j'en vois! "

    - " Ce ne sont pas des lucioles, ce sont de petits êtres lumineux tout phosphorescents. "

    - " Hein! "

    - " Ha non! Cette fois, je ne t'aide plus, maman! Tu as été capable de voir les Aériens, maintenant, ceux-là, tu peux les voir aussi! "

    - " Comment? "

    - " Ouvre ton cœur, respire l'air pur des montagnes et écoute le doux clapoti de l'eau toute proche. "

    Au détour du sentier, nous apercevons les bords sinueux du " Rio "...et une haute silhouette de dos. Il n'a pas besoin de se retourner. Grand, large d'épaules et les cheveux longs attachés dans la nuque...c'est Luis!

    Pourquoi ne suis-je pas étonnée outre mesure. La première fois que je l'ai vu, j'ai été frappée par sa ressemblance avec Pascal Favret. Entendons-nous bien, ce n'est pas tellement l'aspect physique qui accroche. C'est plutôt une question de prestance, c'est ce côté artiste proche de la nature qui ressort du personnage. Quand on me l'a présenté, il a expliqué qu'il faisait de la peinture et surtout des bijoux artisanaux, j'ai eu un sourire. Ensuite, il nous a montré sa maison entièrement rénovée...Une hacienda cachée derrière une immense porte de bois cloutée...en plein milieu d'un petit village rural. A l'entrée, une de ses œuvres. On y aperçoit un petit personnage phosphorescent dans la nuit.

    A ce souvenir, je comprends, je ne dois plus regarder au travers des yeux d'un enfant pour les voir.

    Ils planent tout autour de Luis.

    Ils ont un immense sourire qui leur mange tout le visage quand ils se rendent compte que je les distingue. Luis se retourne avec le même sourire :

    - " ?Los ves?"

    - " Tu les vois?". Traduction simultanée de dizaines de petits êtres à la voix cristalline. Ensuite un rire général se fait entendre comme le bruit d'une cascade de montagne.

    - " Vous parlez français?". Quelle question idiote de ma part...j'en ai tellement!

    - " C'est normal, avec nos têtes en forme de champignon, nous prenons notre élan, nous sautons et ainsi nous planons, nous nous déplaçons dans les airs."

    Ils m'expliquent ensuite que dans leurs voyages, ils rencontrent d'autres petits êtres dans chaque pays nés de l'imagination d'artiste comme Luis qui ont gardé une âme d'enfant. Ainsi ils sont devenus polyglottes et surtout ils veulent me délivrer un message à moi et à Toni.

    - " Nous avons rencontré les Aériens en Belgique et ils se demandent quand ils vous rencontreront à nouveau; ils nous ont dit que vous vous étiez enfoncé dans la grisaille des tracas de la vie quotidienne et qu'ils avaient bien du mal à vous suivre dans ce grouillement en noir et blanc."

    - " Dites leurs que nous rentrons d'Espagne dans 10 jours avec du soleil plein la tête et même s'il nous reste des choses à régler, nous sommes en train de tourner cette page si grise pour ré-ouvrir le livre de notre vie en couleurs."

     

     

     

     

     

  • Commentaire.

    Le texte qui va suivre est un peu particulier. C'est un clin d'œil à mon fils de 14 ans qui a bien du mal à quitter le monde des rêves. Comme je le comprends! Si on regarde tout autour de nous, tout n'est que grisaille, stress et tracas. Même les enfants ont une vie de dingue école-bus-dodo. Difficile de leur en vouloir de bailler aux corneilles et de traînasser devant la télé à regarder des émissions qui les font rire mais qui sont surtout débilitantes...ils ne doivent pas réfléchir et les parents qui travaillent ont bien du mal à leur proposer d'autres divertissements après une grosse journée de boulot. Ce texte : "Alter ego." sera à la base d'un conte pour enfants : "Le monde coloré de Toni.".

     

     

     

     

     

     

  • Exukors.

    Le chevalier de Carrare,

    victorieux des tournois,

    honore d'une révérence

    la dame de son cœur.

     

    Pour son courage,

    la demoiselle, émue,

    offre les couleurs

    blanches de sa maisonnées.

  • Xérina.

    XRINA_~1.JPG

    Farouche guerrière

    au port altier,

    semble fléchir

    dans sa jupe de Rance.

     

    La demoiselle tient la pose

    et saisit promptement

    le sabre protecteur

    de son honneur.

  • Nab'Io.

    NAB'IO fac 007.jpg

    Dans l'orbite de Jupiter,

    tourne une lune

    aux charmes volcaniques.

     

    Sur Io l'éruptive, un peuple se lève :

    Nabots à tête blanche lunaire,

    torturés dans leur corps griotte.

  • Rokye.

    Rocsana fac P230510_18_39[01].JPG

    La vénus de Chassepierre

    offre ses charmes

    quand nul détail de sa tête,

    à nos yeux, ne se dévoile.

     

    Son père, au cœur de quartz,

    a fait de sa fille

    une prisonnière

    de la pierre calcaire.

  • Cybile.

    Cybile Fac P010610_11_14.JPG

    Déesse noire

    de la pierre,

    déploie ton corps de rêve.

     

    D'un mouvement souple

    de tes bras,

    dégage la masse voluptueuse

    de tes cheveux.

  • Volcani.

    volcani,tableau poisson 013.jpg

    Dans la vapeur épaisse

    de la roche en fusion,

    deux formes apparaissent.

     

    Quand la roche refroidit,

    de cette prison de pierre,

    deux êtres s'extirpent.

     

    Douloureusement, la mutation s'opère.

    De la roche rouge devenue marbre,

    un roi et une reine naissent.

  • Panblue.

    Pan blue Fac G ok P211011_13_04[01].JPG

    Petit faune

    bien espiègle

    sort de l'onde

    une nudité parfaite.

     

    Ce satyre

    ne touche plus pierre

    quand sa prise

    se soulève.

  • Finlov.

    FinLov Calcite Fluorine P070911_14_07.JPG

    Le sculpteur observant

    les courbes de son imaginaire

    met en avant

    les défauts de la pierre.

     

    Ces veines blanches sublimées

    abritent deux corps enlacés.

  • Symbiose.

    Quand l'immobilité de la pierre

    rencontre le mouvement de la forme,

     

    notre regard se pose

    sur deux êtres qui, du petit granit, se révèlent.

     

    Ils danseront sous nos yeux

    une valse mystérieuse.

  • Exsud.

    Exsud fac P070911_14_28.JPG

    Sous un soleil de plomb,

    même les pierres

    se mettent à transpirer.

     

    De grosses gouttes

    se forment sur la matière

    aussi noire que la nuit.

     

    Dans ce cycle intemporel

    les larmes formées

    coulent à l'envers.