• Le sens du toucher.

    Lorsqu'une amie me fait remarquer que la relation que j'ai avec les livres tient plus de l'histoire d'amour que du simple usage, mon sourire s'étire. Il est vrai que je ne me contente pas seulement d'en lire les contenus. Ca va beaucoup plus loin. C'est devenu une passion pour le contenant, la matière, le toucher. Parfois le sujet traité n'est pas le principal, c'est le support du livre qui prime.

    Il n'est pas rare que je me surprenne à caresser les reliures sur les rayonnages, à prendre un ouvrage, le feuilleter, le remettre et passer à un autre un peu plus loin. J'ai trouvé un bel extrait dans le livre de Markus Zusak, "La voleuse de livres.", il illustre bien cet état d'esprit.

    "Elle passa le dos de la main le long de la première étagère, écoutant le frottement de ses ongles contre la moëlle épinière de chaque volume. On aurait cru le son d'instruments de musique... Elle recommença alors, plus lentement, cette fois, la paume des mains tournées vers les livres pour mieux sentir le dos de chacun."

    Outre le plaisir immense que je prends à jouer les rats de bibliothèque et à parcourir les librairies, mon métier me donne l'occasion de rencontrer des gens qui ont de beaux livres, de véritables chef-d'oeuvres. Comme j'ai toujours eu une autre passion : l'histoire, il n'y avait qu'un pas pour accéder à l'essence même du livre : son histoire. Je peux passer des heures en recherche sur les auteurs, les éditions, les impressions, les reliures, les cotations des beaux livres. C'est dans les brocantes que je fais les plus belles découvertes, sans oublier internet et ses sites de ventes.

    Un petit stage de reliure m'a fait découvrir encore un autre aspect du livre : sa fabrication. A très faibles coûts, il est possible de s'équiper pour créer des couvertures, façonner de petits cahiers, pratiquer de petites réparations et surtout découvrir comment protéger des livres anciens. Voilà, j'ai lâché le morceau... les livres anciens, de beaux moments de plaisir en perspective.



  • Notre mère à tous

     

    Le monde change, constamment, de plus en plus vite. Ce temps qui nous file entre les doigts, ne nous permet même plus de voir les changements qui nous entourent. Chaque personne avance dans sa petite bulle, indifférent à tout ce qui ne les touche pas personellement.

    Pour moi, c'est dur de voir tout ce remue-ménages et remue-méninges. On me compare souvent à une petite fourmi ouvrière, travailleuse, toujours en mouvement, organisée, efficace. Alors, j'ai vraiment besoin de faire une pause et, pour une fois au moins jouer à la cigale, juste m'imprégner de la nature qui, elle, va à son rythme...sans tenir compte de nous, petits grains de poussières qui nous croyons irremplaçables.

    Le plus grand défaut de l'humanité est probablement la jalousie. L'être humain est jaloux de la nature. Il veut la copier, la dépasser, l'anéantir, et tout cela dans la plus grande des bêtises universelles. Et pourtant, que serions-nous sans elle? Nous retournerions à l'état de poussière.

    C'est bien-sûr vue d'en haut que notre planète bleue est la plus belle car quand on zoome, on voit apparaître toutes les laideurs, ces empreintes humaines qui zèbrent notre terre d'affreuses cicatrices.

    Son regard acéré nous a percé à jour. Mère Nature sait que le combat contre l'être humain dévastateur est engagé. Elle nous frappe, nous malmène, nous secoue pour nous faire peur, sans doute dans une ultime tentative de mise en garde.

    En se posant, en osant se démarquer de la masse grouillante qui nous entoure, peut-être verrions nous les signes qu'elle ne cesse de nous envoyer. Ce serait notre planche de salut. Arrêter le temps, la regarder dans le fond de son âme et de son coeur, pour savoir ce qu'elle ressent de tous les coups qu'on lui porte et se dire émerveillé que si nous mourons de sa main, nous aurons au moins eu le temps d'apercevoir toutes les beautés qu'elle voulait nous offrir.

    Elle se tâte encore de savoir vers quel armaguedon elle va nous entraîner. Sommes-nous déjà au point de non-retour entre les changements climatiques, le réchauffement planétaire et les secousses de grandes intensités? La grande Dame ne fait que s'échauffer, elle ne fait que des gammes. Quand elle donnera le "la", son opéra sera insoutenable à toute oreille humaine. Ce n'est pas le tympan mais le coeur de l'homme qu'elle transpercera. Il sera sans doute trop tard pour nous apercevoir que nous ne sommes que de minuscules et insignifiants jouets entre ses mains.