Je t'écris pour te dire que je n'existe pas...pas besoin de me répondre car je n'ai pas d'adresse!

Ce matin en me levant, j'ai eu un choc. Je n'aurai pu dire si j'avais pâli car le miroir de la salle de bain avait disparu. A sa place, le carrelage bien agencé en mosaïque. Comme chaque matin, je prends ma tasse de café et me rends aux toilettes...même stupeur, plus de miroir. Ce n'est pas possible! Même la vitre de l'étagère qui aurait pu renvoyé mon image, a disparu.

D'un pas rapide, je m'élance vers le living, vers le salon... rien! La vitre de la rue! Je veux ouvrir la porte d'entrée mais elle est fermée à clé et bien sûr, les clés ne sont pas dessus. Où est mon sac? Où sont mes clés?Je sens mes cheveux se hérisser sur ma tête.

La gorge nouée, le pas lent, je ne sais quelle oppression me prends. Je monte à l'étage. Je ne me tourne même plus vers le mur, vide, vide du reflet qui pourrait m'être renvoyé.

Lentement, ma main s'avance et pousse la porte de notre chambre. Malgré la pénombre des tentures tirées, j'aperçois dans le lit défait, un seul oreiller. Des vêtements uniquement masculins traînent et jonchent le sol. M'asseyant sur le bord du lit, j'allume la lampe de chevet qui a pris les poussières et je scrute les murs, les coins, les meubles à la recherche d'une trace récente de ma présence. Le silence, loin de m'obséder, m'apaise.

Sur l'unique oreiller, l'empreinte visible de la tête de mon compagnon et les traces de larmes. Alors, j'y pose ma main comme une caresse et tout me revient.

Je m'assieds à mon bureau. Je prends une feuille et un stylo. Comment commencer? Mon aimé, mon chou? Je me rends compte que nous n'utilisions pas beaucoup les mots doux. Et puis, lui écrire alors qu'il déteste lire? Pour qu'il me réponde alors qu'il n'aime pas écrire. De nous deux, la littéraire, c'était moi. Tout de même, j'aimerai laisser cette trace de moi. Cette façon que j'avais de laisser des mots doux, des penses-bêtes. Cette manie de découper des articles, des bons de réduction. Cette marotte d'engranger des bouquins que tu ne savais plus où ranger.

Le bureau est le seul meuble de la chambre où plus rien ne traîne. Alors, je vais t'y laisser une lettre bien en évidence.

 

« Je t'écris pour te dire que même si je n'existe plus, je suis là pour toi.

Mon aura guidera tes pas et t'accompagnera dans la vie que tu dois continuer à mener sans moi.

Tu n'as pas besoin de me répondre puisque la seule adresse qu'il me reste est dans le fond de ton cœur. »

 

Quand j'eus fini ma lettre, je ne fus pas étonnée de voir les mots disparaître comme si j'avais utilisé une encre sympathique. Un peu comme tu as fait disparaître tous les miroirs de la maison pour ne plus te rappeler sans cesse qu'en se décrochant, celui du palier m'avait supprimée du grand échiquier de la vie. Comme le miroir, ta vie a basculé et volé en éclats. Mais je suis revenue pour te murmurer qu'il est temps maintenant de tourner la page.

 

Tu dois renouer avec le monde , ouvrir les portes et remplir à nouveau tes poumons d'air pur. Ton heure n'est pas encore là et le jeu de la vie, pour toi, n'a pas encore marqué « Game Over » en lettres de sang.

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