De chair et de cire.

Actuellement, pour décrocher de la vie trépidante du dehors, nous aimons donner une touche de zen à nos intérieurs. Entre les senteurs d’intérieurs, les cristaux à facettes, les encens parfumés à brûler,… nous n’avons que l’embarras du choix. Mon intérêt se porte plus particulièrement sur les bougies. Toutes les formes, les grandeurs, les odeurs sont représentées. Il y en a, bien sûr,  pour tous les budgets. Mais la cire qui les compose est-elle toujours bien naturelle ?

En grattant un peu, si on ne parle pas toujours de cire artificielle comme les silicones, on retrouve les cires minérales ; les wax, utilisés par exemple pour les planches de surf ou encore les paraffines comme les utilisaient nos grand-mères pour sceller les pots de confiture, se conservant ainsi plus longtemps. Pour les cires naturelles, il y a aussi plusieurs provenances. Le jojoba est une cire végétale, le spermaceti est issu du blanc de baleine, le carnauba vient du palmier ; il existe même une cire tirée du bacille de la tuberculose : le phtiocérol. Pauvres abeilles, elles n’ont vraiment plus le monopole de la cire !

Toutes ces formes sont exploitées pour plusieurs usages. Toutefois, elles ont plusieurs propriétés communes. Une belle plasticité puisque la cire est malléable à température ambiante. Son point de fusion se trouve en deçà de 45°C, donc bien plus bas que les huiles. Elle est, de plus, résistante à l’écoulement (quand elle est fondue) car sa viscosité est faible. Elle ne s’altère pas avec le temps, même dans l’eau puisqu’elle est hydrophobe et apolaire (pas d’interactions électrostatiques).

Le XIXème siècle est marqué par l’engouement pour la céroplastie : l’art du modelage. Malheureusement, la représentation du normal n’a pas suffit et c’est ainsi qu’apparaissent les monstruosités dans les fêtes foraines, les foires. Les pathologies sont poussées à l’extrême.

Le céroplaste le plus connu et le plus célèbre est Jules Talrich. Il reprend le flambeau de son père Jacques. Ce dernier commence sa carrière comme chirurgien militaire et est nommé, en 1824, modeleur à la faculté de médecine de Paris. Jules Talrich, anatomiste de formation, débute comme prosecteur, il prépare les dissections pour les démonstrations dans les cours de médecine. Modeleur et céroplaste, il est reconnu pour ses talents de sculpteur. C’est en 1862 qu’on lui propose de reprendre la charge de son père. Son talent lui vient aussi de sa passion pour la physiognomonique et la phrénologique : des sciences étudiant les expressions des émotions sur les visages. Grâce à son concours, la médecine légale fait un bond en avant quand il commence la réalisation de moulages posthumes, notamment Richelieu et Gambetta. Bien plus qu’un art funéraire, ses moulages permettent des identifications de cadavres. En 1867, il ouvre à Paris un musée de la cire, boulevard des Capucines. Ses œuvres se découvrent sous forme de tableaux : mises en scène historiques et littéraires avec des figurines de cire. Il est présent à Londres au musée de Mme Tussauds et, dés 1881, au musée Grévin.

La filière de la céroplastie disparait au XXème siècle, mis à part le musée du docteur Spitzner. Ses collections seront visibles jusqu’en 1970, surtout à la foire du Midi de Bruxelles. Il commence avec 80 pièces achetées à Paris. Ce sont des moulages de corps humains ainsi que des monstruosités : curiosités médicales. Par la suite, il commande de nouveaux modèles anatomiques à des cériscupteurs (dont Talrich). En 1885, suite à un incendie, il parcourt les pays comme forain : Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Angleterre. Ses héritiers casent ses collections dans un hangar à Bruxelles. Elles vivent encore un temps grâce à un journaliste, pour finir par être vendues aux enchères et être offertes à la société anatomique de Paris, soit trois cent cinquante pièces (musée Delmas Orfila Rouvière). Ces collections inspirent Delvaux qui peint « Le Musée Spitzner. » dans les années trente.

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